Logement. Tamesna ville 2.0

Durant un stage que j’ai effectué à Telquel, hebdomadaire mensuel marocain…
Avec l’aide des autres journalistes de l’équipe de Telquel, nous avons pu publier cet article

Pensée à l’époque du gouvernement Jettou en 2004 et inaugurée le 13 mars 2007 par Mohammed VI, la ville nouvelle de Tamesna a du mal à séduire les acheteurs, malgré ses infrastructures modernes. Visite guidée.

Au sud de Témara, sur les terres en amont de l’oued Ikem, une ville nouvelle a éclos voilà maintenant deux ans et demi : Tamesna, fleuron d’un Maroc qui cherche à désengorger ses villes surpeuplées, vous souhaite la bienvenue. Des réverbères se dressent le long des rues, exactement comme dans les autres villes du pays. Les bâtiments peints en blanc semblent fin prêts. Fraîchement goudronnées, les rues grisâtres sont assez spacieuses. Tamesna a l’air d’un projet abouti.

Reflet d’un souci écolo, le logo de Tamesna (littéralement terre pleine et ancien nom de la Chaouia) est arboré un peu partout dans les allées : un tronc d’arbre symbolisant la ville, et des branches représentant ses infrastructures. “Equipement scolaire, pôle économique, lac Méditerranée, espaces verts, grande mosquée, hôpital, etc.”, clame fièrement la documentation officielle.
Un projet ambitieux
22 milliards de dirhams ont été nécessaires à la construction de la nouvelle ville, supervisée par le groupe public Al Omrane. Ce dernier, créé en 2004, a absorbé trois ans plus tard les sept établissements régionaux d’aménagement et de construction (ERAC). Actuellement présidé par Najib Laraïchi Bedoui, Al Omrane est devenu au fil du temps le bras armé de la politique immobilière du royaume. Sans pour autant faire de l’ombre aux promoteurs privés.
A Tamesna, la majorité des sociétés immobilières nationales et internationales ont ainsi pignon sur rue. L’Espagnol Marina d’or a par exemple installé son bureau de vente dans une maisonnette en bois, juste derrière les locaux d’Al Omrane, tandis que le champion national, Addoha, moins original, a pris ses quartiers dans un bâtiment blanc aux allures d’entrepôt. Les autres promoteurs immobiliers (Jet Sakane, Awal Sakane, Promo Raad…) ont opté pour la formule showroom : un centre d’accueil recouvert de deux pics écrus sur lesquels flotte le drapeau marocain. Les présentoirs des différents promoteurs, ornés de nombreuses brochures, ceinturent la maquette générale de Tamesna, qui trône au milieu de la salle.
Même en miniature, celle que l’on considère parfois comme la future ville satellite de Rabat, a de quoi impressionner son monde. Peut-on pour autant y habiter dès maintenant ? Lamia Kadiri, directrice d’Al Omrane Tamesna, chemisette blanche et sourire ténébreux, défend dur comme fer son bébé. Sa réponse est défintive : “Oui, si vous avez de l’argent à investir”. Plus sérieusement, elle explique : “Les infrastructures primaires comme l’eau, l’électricité, l’assainissement et la voirie sont prêtes”. Mais côté transport, pas encore de quoi pavoiser : Tamesna n’est encore desservie par aucun bus, encore moins par le train. Les malheureux piétons devront ainsi attendre la concrétisation du projet de liaison ferroviaire entre Tamesna et Témara, déposé auprès de l’ONCF. Mais l’attente s’annonce longue et le risque plane sur Tamesna de subir le sort de sa “grande sœur”, Sala Al Jadida, première ville construite ex nihilo, devenue au fil des ans une cité dortoir et un nid de violence.
Mixité sociale ? Mais l’heure est encore à l’optimisme. Les responsables de Tamesna ont ainsi évité le “tout social”. Avec 10 000 logements sociaux prévus, tous équipés de panneaux solaires, l’habitat économique et écologique est certes un principe de base à Tamesna. Toutefois, Al Omrane a aussi misé sur une mixité sociale pour garantir au projet un développement équilibré. A Tamesna, les plus aisés pourront ainsi vivre dans leur cocon pour un prix du mètre carré semi-fini oscillant entre 9000 et 11 000 DH. Quant aux moins riches, ils pourront se tourner vers des logements sociaux, moins prestigieux, mais relativement “corrects”.
L’histoire de Mohamed A. est de ce point de vue représentative. Cet homme d’une soixantaine d’années, sans emploi, vivait dans une habitation insalubre située dans l’ex-bidonville avoisinant Sidi Yahia Zaers. Il est aujourd’hui ravi de résider à Tamesna. Grâce au Fonds de garantie pour les revenus irréguliers et modestes (FOGARIM) et une subvention de l’Etat de 40 000 DH, Mohamed a été relogé avec sa femme et leurs cinq enfants en bas âge, dans un 3 pièces à 1230 DH le mètre carré. Comme la plupart des immeubles à Tamesna, celui où loge la famille de Mohamed est encore en chantier. Les murs et l’entrée attendent toujours les dernières retouches. Mais Mohamed et sa famille ont un logement décent. Et c’est peut-être là l’essentiel.

Quelques dates

Mai 2004. Lancement d’une étude de chantier par le gouvernement Jettou
Juin 2005. La nouvelle ville est baptisée “Tamesna”
Mars 2007. La ville est inaugurée par Mohammed VI
Janvier 2009. Certification ISO 9001 version 2000
Avril 2009. 200 familles s’installent à Tamesna
2015/2016. Tamesna sera entièrement prête (si tout va bien).Données générales
• A 20 km de Rabat et 15 km de Skhirat
• 54 000 logements conventionnés dont 10 000 logements sociaux (20%)
• 200 familles actuellement
• 250 000 habitants attendus pour 2015

Superficie
• 4000 hectares au total
• 840 hectares de superficie de construction
• 300 hectares pour la zone industrielle
• 28 hectares consacrés aux activités économiques
• 52 hectares pour le centre d’affaires
• 150 hectares de forêt
• 120 hectares d’espaces verts

Coût
• Construction : 22 milliards de DH
• Aménagement : 1,7 milliards de DH

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