Chanteuse exceptionnelle au regard étincelant, inspirée par le jazz et l’Orient, elle nous offre Zarabi, son album qui réussit le tour de force d’être à la fois tout ça mais surtout, et pour le plus grand plaisir de tous, un formidable album de musique d’aujourd’hui qui nous permet de découvrir une personnalité émouvante, sincère, engagée et résolument moderne.

Oum. C’est une syllabe que l’on dit en fermant les lèvres : Oum, prénom immédiatement familier, suave évocation de la plus mythique des chanteuses orientales, Oum Kalsoum, mais aussi de ce « Om » où les Hindous font entrer le monde entier. Posséder un tel nom, pour une artiste, n’est-ce pas déjà une vocation à l’universel ?

Oum El Ghaït Benessahraoui s’est très tôt essayée au jazz et à la soul, cherchant moins à échapper à ses racines sahraouies qu’à trouver sa propre voie hors des sentiers battus. Ses deux premiers albums et ses prestations chaleureuses lui permettent de conquérir un public fidèle au Maroc. Déjà, la jeune femme étonne par l’étendue de ses capacités non seulement vocales, mais aussi d’écriture, puisque c’est elle qui écrit et compose ses chansons.

L’année 2013, l’année de Soul of Morocco 

L’étape suivante sera la sortie, en 2013, de Soul of Morocco, où elle s’entoure de pointures du jazz hexagonal comme le hautboïste Jean-Luc Fillon ou le saxophoniste Alain Debiossat. La France découvre avec étonnement cette chanteuse aux tenues bariolées qui réalise une fusion inédite entre soul et chant oriental. Mais Oum a à cœur de mener plus loin l’expérience. Le fruit de cette exigence se nomme Zarabi, disque qui devrait marquer un tournant important pour elle. Choyée par l’accompagnement impeccable de Yacir Rami au oud et de Rhani Krija aux percussions, Oum y évolue avec grâce et assurance dans un Orient qui danse la valse (Nia), bat au rythme des gnawas (Lila) accueille ici une guitare touarègue, là une kora malienne (N’nay), plus loin une contrebasse et une trompette cubaine enlacées dans un subtil mambo du désert (Veinte años). Le désert, il est partout dans ce disque. Davantage qu’une inspiration, il en constitue l’espace-temps véritable et détermine jusqu’à la moindre de ses notes. « Zarabi a d’abord été préparé en Normandie, avant d’être enregistré dans le désert, confirme Oum. Les musiciens et moi nous sommes retrouvés dans une vieille maison de l’oasis de M’hamid, où se déroule le festival de Taragalte dont je suis la marraine.» Au départ, la petite équipe souhaite enregistrer à l’intérieur de la maison pour profiter de l’acoustique particulière de ses murs. Mais bien vite, contrainte de « suivre l’humeur du désert », comme le dit joliment Oum, elle plante les micros dans le sable et joue à l’air libre, dans des conditions live. « On a essayé de rester fidèle à un son naturel et de garder l’atmosphère de cet endroit merveilleux pour que l’on sente sa vulnérabilité, que l’on entende le vent et les oiseaux.»

Une histoire de désert

Finalement, le désert a tout aspiré et offert à sa fille la liberté que réclamait le caractère humble et généreux de sa musique. Disque sans ombre, Zarabi irradie du bonheur que donne l’épanouissement artistique, une pleine confiance qui pénètre jusqu’à la langue darija, ce dialecte marocain plein de pudeurs et d’invention poétique dont Oum force les verrous afin de lui faire dire ce que, d’ordinaire, il préfère voiler, le désir et la passion au féminin. Inutile cependant de voir dans ce geste une volonté autre qu’affirmatrice : la chanteuse a voulu son album féminin parce qu’elle est femme et qu’elle voulait rendre hommage aux tisseuses de M’hamid. Celles-ci confectionnent des tapis (zarabi en darija) à partir de vêtements usagés fournis par les clients eux mêmes et assemblent ainsi la mémoire vestimentaire d’une famille dans une même création. Oum a conçu Zarabi comme une forme de maillage d’humeurs et d’impressions de voyage, avec la confiance entre les musiciens comme seul lien. « Un album fait sur mesure pour chacun de nous », dit-elle. La mesure juste, chose rare, et qui rend cet album si beau et si passionnant.

BIOGRAPHIE

Née Oum el Ghaït Benessahraoui à Casablanca en 1978 (Oum est le premier mot du prénom composé Oum el Ghaït, qui signifie « Mère de la délivrance », et que l’on donnait autrefois aux petites filles nées dans le désert dans une journée ou une nuit pluvieuse), elle passe sa jeunesse à Marrakech. Elle y développe des capacités certaines dans les arts plastiques et le chant. Elle peint, elle chante. A quatorze ans, son goût prononcé pour le jazz et les musiques noires lui fait intégrer une chorale de gospel dont elle deviendra vite une des solistes. A la fin de ses études secondaires en 1997, elle entre à l’Ecole Nationale d’Architecture à Rabat et y restera six ans. C’est en 2003 qu’elle prendra la décision de se consacrer à la chanson.

 

©Lamia_Lahbabi

Dans Zarabi, Oum fait la somme de ses influences et livre un album de musique contemporaine marocaine hors du temps. Un album qui ondule et frémit, exalte et jouit, où les éléments sont au service de l’émotion. Un voyage initiatique parsemé de songes et de rencontres, à la recherche de l’harmonie parfaite des corps. Débobiné avec délicatesse et délice au fil des morceaux, Zarabi est un manifeste du plaisir, dont la trame est de chanvre et le chant est de soie. C’est aussi, et surtout, un hommage aux femmes de Taragalte qui, face à leurs métiers à tisser, réincarnent les vêtements qu’on leur confie en tapis, Zarabi…Plus d’infos sur Accent Presse

 

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